| Edito
Un
sérieux cas de conscience
Par Mathieu SCRIVAT, Président
de l'Association
CHC
Lors
d'un récent surf sur le grand Réseau,
j'ai eu la surprise de constater que le site village
de Mirleft servait à la publicité
d'un promoteur immobilier !
En
effet, soucieux de présenter l'intérêt
touristique de la région, ce promoteur
conseille la visite du site consacré à
Mirleft sur ses prospectus commerciaux
Ma
création, et plus globalement l'Association
CHC qui gère le site, associés au
bétonnage de la côte marocaine !
J'avoue avoir eu un sentiment de dégoût
devant cette perspective.
Et
pourtant ! Pourtant, lorsque j'analyse froidement
le problème, je me rends compte que j'avais
prévu, et même appelé de mes
vux ces désagréments esthétiques
et écologiques
N'ayons pas peur des
mots. Quel était mon objectif en créant
un site consacré à Mirleft ? Le
développement du tourisme, et particulièrement
du tourisme culturel ! Or il ne faut pas se leurrer
: il faut bien créer des structures hôtelières
ou des résidences privées pour accueillir
les touristes.
Oui,
le désert est beau ! Mais le désert
est grand, et le désert ruine les récoltes
! Le désert entretient la misère
de la région.
Quelle esthétique que ces gens en haillons
! Que c'est pittoresque de voir les enfants jouer
au football, pieds nus, sur des terrains caillouteux
Oui, la pauvreté est esthétique
et pittoresque, vue d'Europe ! Mais la pauvreté
tue les habitants de la région à
cinquante-cinq ans !
Dans
le cas de cette opération immobilière,
on peut se rassurer en précisant qu'il
ne s'agit pas d'un chantier de grande ampleur
: le lotissement en construction accueillera des
villas, et particulièrement des villas
luxueuses. A oui c'est sûr, les partisans
de l'égalitarisme totalitaire argumenteront
que ce sont encore les plus riches qui vont bénéficier
des beautés des lieux
Oui, mais les
riches en question vont apporter du travail et
de la richesse à la région, le commerce
va se développer
Tout le monde profitera
de cette manne financière !
L'alternative
est simple : vaut-il mieux voir des pêcheurs
misérables travailler toute la journée,
les mains en sang (Abdallâh et Moktar ne
me contrediront pas), pour que quelques Occidentaux
puissent acheter à bas prix du poisson
et de beaux crustacés, ou vaut-il mieux
voir ces mêmes pêcheurs menacés
par l'épuisement des ressources halieutiques
se reconvertir dans le tourisme et bénéficier
enfin de conditions de vie moins dures ?
Le
tourisme est une chance pour le Maroc. Il apporte
beaucoup de devises, bien sûr, mais surtout
il exige - et finance - des mutations économiques
essentielles : le développement des réseaux
routiers, téléphoniques, électriques
et d'eau potable ; la scolarisation des enfants
puisque les employés du tourisme se doivent
d'être polyglottes et doivent posséder
un minimum d'instruction
En
définitive, voyons les choses froidement
: quelques hectares de côte désertique
et caillouteuse sacrifiés pour un espoir
de développement économique
Pourquoi pas !
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